Médecins du monde en Ouganda

Témoignage

Parce que le sida n'a pas de frontière
Dr Charlotte Dézé et l'équipe MdM Ouganda

Pour la plupart d'entre vous le 1er décembre est certainement un dimanche comme les autres. Pour nous, c'est l'un des plus importants de l'année car c'est la journée mondiale du SIDA. C'est la journée de 40 millions de personnes dans le monde souffrant de " la maladie ", comme disent les gens ici. 70% d'entre elles vivent en Afrique, et pourtant ce continent ne contient que 10% de la population mondiale.

Ici, dans le district de Rakai, au sud-ouest de l'Ouganda, 12% des habitants sont atteints par l'épidémie du VIH/SIDA. L'équipe de Médecins du Monde, constituée de 24 ougandais et de 2 expatriés y effectue depuis 10 ans un programme de prévention du VIH et soins médicaux aux personnes infectées par le virus.
Chaque jour, 3 équipes de terrain partent dans les villages, dans les écoles et dans les centres de santé expliquer ce qu'est le SIDA, comment s'en prévenir, comment soutenir les personnes infectées et affectées, mais aussi former les agents de santé, les enseignants et les vendeurs de préservatifs, discuter avec les leaders religieux et politiques locaux. Bref informer et responsabiliser la population. Le SIDA est une cause majeure de mortalité en Ouganda, comme ailleurs en Afrique. Le défi de cette épidémie est difficile à relever, mais nous savons que par notre travail, nous évitons que quelques milliers de personnes s'infectent, alors…on continue !

En l'honneur de la journée mondiale du SIDA, l'équipe de Médecins du Monde à Bukoba (au nord-ouest de la Tanzanie) et l'équipe de Médecins du Monde à Rakai avons décidé d'un événement commun, à la frontière des deux pays, pour le week-end. Parce que le VIH n'a pas de frontière, et parce que les populations des deux pays doivent se rendre compte qu'elles ne sont pas isolées, que leurs voisins vivent le même drame.


En trois langues (anglais, swahili et luganda), les groupes théâtraux formés dans les écoles et les villages toute l'année par nos équipes respectives, sont venus délivrer des messages de prévention à leurs pairs. Le thème de la campagne 2002 contre le SIDA était " stigma et discrimination ". Mais nous avions aussi travaillé, avec ces groupes, sur la promotion de l'utilisation des préservatifs, la prévention de la transmission mère - enfant et la prise en charge des patients atteints du SIDA. Poèmes, chansons, pièces de théâtre et danses traditionnelles se sont donc succédés, porteurs de ces messages.





Le public était nombreux au rendez-vous et l'ambiance était chaleureuse.
Pendant ce temps, les leaders locaux recevaient une formation sur les mêmes thèmes, afin qu'ils s'allient à nos efforts et renforcent les messages de prévention lors de discours. Dans quelques années, MDM, (comme les autres organisations internationales présentes) ne sera plus en Ouganda. La population doit dès maintenant s'approprier la gestion de cette épidémie, comprendre le concept de citoyenneté pour se sentir responsable de ce qui lui arrive. Cela commence par les leaders.

Nos équipes médicales offraient également la possibilité aux populations de faire un test VIH après les avoir conseillées, pendant que les équipes de prévention animaient des stands (démonstration et distribution de préservatifs, présentation de films éducatifs et distribution de brochures et de préservatifs.)
MDM Rakai a participé au même type de manifestation, cette fois en collaboration avec les autorités locales ougandaises et les autres ONG locales et internationales. L'événement s'est déroulé à Kasensero, petit village de Rakai où le premier cas africain de SIDA a été découvert. C'est, pour nous, une façon de montrer que la boucle commence à être bouclée, que nous revenons sur le lieu historique de l'épidémie avec un réseau d'organisations, avec des armes pour combattre le VIH, des résultats, et de l'espoir pour la population de Rakai.
Malgré une évolution positive de la propagation de l'épidémie (le taux du VIH à Rakai est passé de 17% en l'an 2000 à 12% en 2001), il faut faire plus... mais plus, c'est quoi?

Pour MDM Rakai / Ouganda, plus, c'est rester plus longtemps et réaliser plus qu'un programme de prévention et de prise en charge des infections opportunistes. Nous voudrions mettre en place un programme de prévention de la transmission du VIH de la mère à l'enfant et à plus long terme, un programme d'accès aux antirétroviraux (trithérapie) pour la population de Rakai.

Pour le gouvernement ougandais, plus, c'est renforcer son implication dans les régions isolées, en étant régulier dans la distribution d'argent et de médicaments, en augmentant le budget de la santé et en diminuant la corruption (l'Ouganda a été longtemps le 3ème pays le plus corrompu au monde, il est passé 10ème cette année, Youpi!).

Pour la population, plus, c'est se sentir responsable pour sa famille, accepter de mettre des préservatifs et renforcer la solidarité entre les personnes saines et les personnes infectées.

Facile à dire, pas facile à faire? Peut-être, une utopie ? Non, nous ne le pensons pas, mais certainement un but difficile à atteindre.
Message lourd nous diriez-vous ? Oui, mais on ne choisit pas...
Il fait un temps magnifique, les fleurs sont éclatantes de couleurs, on entend les femmes chanter... On pourrait presque se croire au paradis... et bien non.